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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 00:00

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            L'enfant de la rue sans peur ni reproche.

 

     Lorsque la maman de Birahima meurt  le jeune garçon de 11 ans n’a d’autre alternative que de  prendre son pied la route  pour rejoindre sa tante au Libéria.

« C’était ma tante, ma tutrice, qui devait me nourrir et m’habiller et avait seule le droit de me frapper, injurier et bien m’éduquer ». C’est Yacouba  le multiplicateur de billets  qui l’accompagne dans ce qui devient un long voyage initiatique et dangereux. Yacouba a fait fortune dans l’exportation de colas grâce aux pots de vin versés aux douaniers. Ruiné après la grève des dockers à Dakar, Yacouba se reconvertit en marabout fabricant d’amulettes porte-bonheur. Il fait miroiter l’espérance d’une vie facile et dorée au Libéria.

« Là-bas, les enfants de la rue comme moi devenaient des enfants-soldats qu’on appelle en pidgin américain d’après mon Harrap’s small soldiers. Les small-soldiers avaient tout et tout. Ils avaient de l’argent, même des dollars américains. Ils avaient des chaussures, des galons, des radios, des casquettes et même des voitures qu’on appelle aussi des 4 x 4. J’ai crié Wahalé ! Wahalé ! Je voulais partir au Libéria. Vite et vite. Je voulais devenir un enfant-soldat, un small-soldier ».

     Le périple qui les mène au village de la tante Mahan, tutrice de Birahima,  va les mettre face à la réalité des guerres tribales avec son lot de meurtres, pillages, viols, tortures, famines…

 

     Birahima est le narrateur de cette épopée africaine qui se déploie en Sierra Léone et au Libéria. L’enfant a hérité de quatre livres: le Larousse, le Petit Robert, l’Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire et le dictionnaire Harrap’s. Il cherche ses mots et les explique au lecteur. Il mélange le français et l’africain, il truffe son propos d’expressions et de proverbes, de leitmotivs et de jurons.

     C’est un livre cru et bouleversant. Seul le ton détaché,  ironique et insolent du narrateur nous permet de continuer notre lecture. Birahima a besoin de pauses dans son écriture,  « Aujourd’hui ce 25 septembre 199… j’en ai marre. Marre de raconter ma vie, marre de compiler les dictionnaires, marre de tout. Allez vous faire foutre. Je me tais, je dis plus rien aujourd’hui… » et nous de pauses dans notre lecture pour comprendre et assimiler l’Afrique des dictateurs et des fétichistes, des complots, de la corruption, du cannibalisme et des parricides.

    J’ai été heurtée de plein fouet par la violence, la férocité, la sauvagerie de cette histoire. C’est un témoignage lucide et réaliste d’un enfant soldat sur la vie des small-soldiers. Ces enfants orphelins sont armés de kalachnikovs, le haschich supplée les repas souvent frugaux, ils dorment à même le sol après des journées entières de marche ou de combats. Ils pillent, volent et tuent mais sont surtout les premières victimes de la barbarie guerrière et de la cupidité des dictateurs sanguinaires.

     Ce livre, édité en l’an 2000, résonne avec force dans l’actualité africaine de ce début d’année 2011. C’est une lecture nécessaire pour connaître et dénoncer la situation insoutenable des enfants-soldats, le mépris et les massacres dont souffrent les populations ethniques africaines.

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     Cette lecture entre dans le cadre du blogoclub du mois de mars  qui avait l'Afrique pour thème. Merci Sylire et Lisa pour l'organisation de cette lecture commune.

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Published by Fransoaz - dans récits
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commentaires

Manu 09/03/2011 15:07


Je n'ai pas réussi à me procurer le livre à ma bibliothèque mais finalement, même si c'est une lecture nécessaire, je ne pense pas le regretter. Ca a l'air tellement violent !


Fransoaz 09/03/2011 16:00



C'est assez cru oui, l'auteur ne prend pas de gants avec notre sensibilité.



Alex-Mot-à-Mots 05/03/2011 18:27


Lu à sa sortie il y a quelques années, j'ai encore en mémoire ce "petit ménitaire"....


Fransoaz 06/03/2011 11:30



Je ne connais pas ce mot "ménitaire"; c'est du malinké?



Marie 04/03/2011 14:17


Même si ce livre me paraît effectivement faire partie des indispensables à lire, pour l'instant je n'ai pas le courage de m'immerger dans cette violence... Surtout dans la mesure où en plus ça
touche des enfants.


Fransoaz 06/03/2011 11:13



Ou alors réussir à garder une distance par rapport à la lecture pour ne pas être dévasté par cette tragédie.



vivi 04/03/2011 11:28


Oh, c'est marrant. "Si c'est un homme" aussi étudié par le même enfant, la même année.... Puis il s'est dirigé vers des études littéraires.... peut-être pas un hasard....


Fransoaz 05/03/2011 17:48



Un goût certain pour la grande littérature en tous cas.



vivi 03/03/2011 22:29


En effet, mon fils est actuellement en prépa et il parle encore de ce livre...


Fransoaz 04/03/2011 11:10



C'est un livre que l'on n'oublie pas et qui peut contribuer au façonnement d'un esprit.


De la même manière ma fille a été marquée par Si c'est un homme  de Primo Levi.



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