Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 00:00

gains.jpeg

     Gains mêle deux histoires, deux chemins qui convergent mais des intérêts qui divergent.

      Le récit démarre au début du XIX ème siècle. Pour échapper aux conséquences d’un pari qui a mal tourné Jephthah Clare fuit l’Angleterre pour les États-Unis, avec femme, enfants et caisses de vaisselle en grès de Wedgwood. Avec le bénéfice retiré de la vente de cette vaisselle de luxe, il arme des bateaux marchands. La supercherie et le risque ne font pas peur à cet homme frondeur qui devient très vite incontournable sur le marché de l’import-export.

     A la mort de Jephthah, le juteux marché maritime décline, les affaires ralentissent, les cales des bateaux restent vides et ne rapportent plus rien.

     Sous la férule des trois fils de Jephthah, les établissements Clare  se lancent dans la production intensive de produits manufacturés avec comme produit phare la savonnette.

     Fin du 20ème siècle: Clare est une grande multinationale qui continue de produire dans ses usines polluantes implantées dans plusieurs grandes villes des Etats-Unis. La ville de Lacewood, siège des usines Clare,  abrite les productions d'engrais et de pesticides et incarne à elle seule la montée du capitalisme et ses effets pervers sur la santé des habitants et la survie de la planète.  

     Près de ce colosse vit Laura, 42 ans, mère de deux enfants, agent immobilier talentueuse. Elle se fait opérer d'un cancer aux ovaires et entame de douloureuses séances de chimiothérapie qui la laissent languide et exsangue. En lisant la presse, elle a vent de témoignages de personnes qui établissent un parallèle entre les fumées nocives qui s’échappent des usines voisines  et la recrudescence des cancers dans cette région.

 

      Gains explore dans les moindres détails la lente ascension de la famille Clare. Le lecteur est au cœur d'une saga familiale qui illustre les transformations socio-économiques des Etats Unis sur presque deux siècles. Petite manufacture deviendra grande pourvu qu'elle résiste aux soubresauts du marché, aux grèves des ouvriers, aux krachs boursiers, pourvu qu'elle sache créer de nouveaux besoins avec force réclames et cadeaux publicitaires, pourvu qu'elle se lance avec avidité dans la diversification de produits modernes.

      Les aventures de ce conglomérat sont ponctuées par l'évolution de la maladie de Laura. Et le gigantisme de la multinationale cède alors la place à l'infiniment petit. Opération, nausées, chimio, déchéance, perte de l’intégrité physique et détachement matériel de la vie... La lente catabase de Laura est le pendant de l'expansion des établissements Clare. On aboutit à un cercle vicieux "parfait" car Clare invente et produit les médicaments nécessaires pour soigner le cancer dont il est l'instigateur.

     L'érudition de l'auteur force le respect; Richard Powers est un maître dans les domaines de la chimie et de l'économie. Son talent littéraire n'en est pas moindre car il équilibre son roman entre les deux personnages centraux: la montée du libéralisme américain et le combat contre la maladie.

      A conseiller aux futurs bacheliers section économie; Gains remplacera avec bonheur et intelligence les annales de révision des programmes de terminale.


Gains paraît aux Etats-Unis en 1998; il est traduit par Claude et Jean Demanuelli.


Editions du cherche midi - août 2012.

 

   Un grand merci à Oliver de Price Minister pour son indulgence et sa patience.

 


Partager cet article

Repost 0

commentaires

pool 25/08/2014 11:37

J'aime beaucoup les sagas familiales en temps normal, mais en ce moment j'ai besoin de lectures moins pointues et surtout un peu plus gaies...donc peut-être à l'avenir mais pas tout de suite :-)

Marie 11/05/2013 16:41

Oh my god ! Je rêverais d'arriver à terminer au moins un livre de cet auteur... Mais chaque fois, les livres de Powers me tombent des mains au bout d'une centaine de pages... Je sais, je rate
quelque chose... ;-)

Fransoaz 12/05/2013 18:32



Je me suis fait un peu violence pour aller jusqu'au bout... et en étais fière! merci les partenariats!



Une Comète 17/12/2012 13:11

"Le temps où nous chantions " m'a laissé un grand souvenir :) Ceci dit, malgré la qualité de ton billet, celui-ci me fait un peu peur :)

Fransoaz 20/12/2012 14:34



Je lisais du Richard Powers pour la première fois et, partenariat oblige, j'étais très motivée. Mais la complexité de certains passages m'ont donné un peu de fil à retordre.


merci pour la référence que tu proposes.



avelbre 15/12/2012 20:06

Une leçon sur l'art de raconter un livre, une leçon d'économie et enfin, une leçon de vocabulaire : même le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales ne connaît pas le mot catabase
c'est vous dire si y a pas que Richard Powers qu'est érudit.

Fransoaz 16/12/2012 19:15



C'est moi qui l'ai inventé!


La catabase est la descente aux enfers; tu pourras le reprendre pour un prochain jeu d'écriture (ou pas).



Malika 15/12/2012 09:36

Je n'ai encore jamais rien lu de cet auteur, mais pas sûre de commencer par celui-ci ...

Fransoaz 16/12/2012 19:12



C'est ce que j'ai fait mais pas ce que je conseillerais. On peut trouver plus abordable.



Lenn Ha Dilenn

  • : Les lectures de Fransoaz
  •   Les lectures de Fransoaz
  • : Lectures et gourmandises.
  • Contact

Berr-ha-berr

 

blogoclub

Pour le premier décembre

La promesse de l'aube

Romain Gary

 

challengedesnotesetdesm

Challenge des notes et des mots

chez Anne 


Challenge Nos pépites de l'année 2014/2015

Chez Sous les galets

Barzhaz

 

Chez Asphodèle poésie du jeudi

POÉTISONS

Ar Solier