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22 mai 2011 7 22 /05 /mai /2011 15:15

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     Noah, la trentaine vit à Paris avec Fabien son mari et Louise sa fille ado. Pour répondre à une commande artistique importante elle s’aménage un petit bunker, un atelier rien que pour elle. Malgré cet environnement propice à la création Noah fait un blocage « artiste en panne d’inspiration, femme en panne de vie »

     Son enfance, sa jeunesse africaine qu’elle a toujours voulu tenir à distance lui reviennent comme un boomerang et l’empêchent d’avancer sereinement dans sa vie professionnelle et personnelle : « Des images se combinaient, déplaisantes, dangereuses, et elle rejeta au loin le cocktail explosif de ses souvenirs comme s’il s’était agi d’une grenade dégoupillée. »

      Noah est fille du Sénégal et le revisite dans le dédale de ses souvenirs. Elle n’y a pas vécu comme une « Toubab » privilégiée  mais  comme les autres enfants africains en parcourant l’île de Gorée  puis la ville de Dakar avec les gosses des rues. "Au moins, les enfants qui habitent tout le temps dans la rue personne ne les tape, sauf la police quelquefois ou bien les dof et les saoulards. Sinon c'est la belle vie, pas d'école, rien, ils font encore plus que moi ce qu'ils veulent.

     La seule chose compliquée, au centre ville, même pour moi, c'est de trouver à manger. Là ça fait au moins mille heures que je marche et il me faudrait des cacahuètes ou un truc."

     Ses parents l'ont élevée dans l'oubli des règles éditées par les blancs et le rejet des réflexes et des moeurs européens. Noah a poussé toute seule en se frottant à la réalité Sénégalaise, au gré des rencontres elle a développé des principes de survie et des compétences diverses et pratiques. "Mon nouveau truc c'est le bricolage. Mes mains c'est comme si je venais de les découvrir, elles arrivent à faire des trucs dingues".

« J’ai presque 11 ans, il est temps que j’apprenne un métier non ? J’hésite encore entre charpentier, réparateur de machines en tous genres, fabricant de souvenir pour les touristes, chaudronnier, ou dessinateur chez Simpafric. »

 

     Il y a une rupture profonde entre Noah, la gamine de Dakar, insouciante et indépendante, délurée et vive et Noah la maman fébrile et angoissée, l’artiste complexée, la "coquille vide". Ses parents l'ont élevée dans l'esprit de mai 68 en privilégiant l'autonomie et l'absence de contraintes. Noah paie aujourd'hui les dommages de cette éducation "Summerhillienne" qui entravent et fragilisent sa vie d'adulte.

   Mon petit bunker m’a bouleversé car l’Afrique de Marine Bramly cogne et frappe fort. Ce n'est pas le Sénégal de Fram voyages mais celui de l'exode et de la famine qui jette les gosses dans la rue. La voix spontanée et joyeuse de cette petite Noah ne dissimule pas la faim et la soif, la saleté et le dénuement.

     La détresse de Noah adulte m'a secouée car tellement prévisible et humaine. Elle n'a pas confiance en elle; elle doute de ses capacités à rendre sa fille et son mari heureux et sous-estime ses qualités de créatrice artistique.

     Noah réussit à démanteler et à passer en force dans son bunker. Elle pratique des saignées salvatrices dans son éducation hippie, des coupes claires dans l'Afrique de sa jeunesse pour libérer et renouer avec le fil de sa vie.

 

éditions JC lattès - mars 2011 - 


Je remercie l'éditeur et Babelio pour cette très belle piste africaine.


 

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Published by Fransoaz - dans roman français
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commentaires

Gwenaelle 27/05/2011 13:05


Elle aborde des thèmes qu'on ne voit pas très souvent. Ah, se libérer de l'éducation ou plutôt de l'absence d'éducation de ses propres parents, quel boulot! ;-)


Fransoaz 29/05/2011 21:24



Je n'ai pas souvent abordé l'héritage 68 sous cet angle; surprenant et intéressant.



Yv 25/05/2011 20:11


J'ai lu du bon sur ce livre je ne sais plus où, mais tu confirmes.


Fransoaz 29/05/2011 21:22



Il y a eu un petit résumé dans "Page", je n'ai pas lu d'autres avis.



Alex-Mot-à-Mots 23/05/2011 15:51


Voilà une Afrique loin des sentiers battus.


Fransoaz 29/05/2011 21:20



Quelque chose d'assez inattendu, une réalité aux accents sud-américains.



Joelle 23/05/2011 15:38


Pas du tout tentée ... je garde un trop mauvais souvenir de ma précédente lecture de cette auteure !


Fransoaz 29/05/2011 21:18



Dommage car c'est pour moi un "presque coup d'coeur".



clara 23/05/2011 08:16


Le nom de l'auteure me dit quelque chose. Est ce un premier roman ?


Fransoaz 29/05/2011 21:17



Il s'agit de son second roman. Il y a eu " Festin de miettes" avant.



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