Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
13 avril 2011 3 13 /04 /avril /2011 00:00

jardin.jpeg

« - Vas-y maman ! Pars maintenant. Pars tranquille. Je m’occuperai de tes chiens. De papa. Ne t’en fais pas. Tu peux compter sur moi. Ne te retiens pas. Je t’aime, maman. Va t-en ! Fiche le camp ! Du vent, maman ! Du vent ! Je ne veux pas que tu souffres. Je ne veux pas que tu aies mal. »

     Le livre commence par le décès de Suzanne, femme sexagénaire usée par une vie rude et bosselée. Sa fille Gabrielle utilise le tu pour retracer l'existence tourmentée de sa maman. Bertrande, la mère de Suzanne, n’a jamais accepté cette naissance qui entrave ses désirs de sorties et d’amants. Ses seuls moments de lumière elle les doit à sa mémère et à sa tante Jackie qui vont prendre soin d’elle. Mais même cette tendresse lui sera enlevée lorsque sa mère l’inscrira dans un pensionnat où Suzanne s’inventera une vie de luxe, d’élégance et d’amour maternel pour ne pas être la risée des autres filles issues de milieux bourgeois et bien-pensants.


     En mettant fin à la difficile cohabitation entre la fille et la mère, le mariage de Suzanne avec Franck aurait pu être une belle entrée vers la liberté et l'amour. Mais son mari se révèle être un homme égoïste et prétentieux qui n’a  cesse de brimer et de rabaisser sa femme. Suzanne va se recroqueviller sur sa peine et laisser s’envoler ses rêves.

     J'ai été touchée par la détresse de cette femme et attristée par le malheur qui la suit et lui colle à la peau.

     La narratrice a su trouver le ton juste, elle utilise des phrases courtes, minimalistes pour dire la simplicité et l'abnégation de cette femme. Une vie de gâchis et de sacrifices que l'on voudrait réécrire pour y semer de la gentillesse et du bonheur.

      La rencontre de Suzanne avec ses beaux-parents est un tableau spectaculaire de l'existence de ces gens ordinaires:

"Les parents de Franck habitaient en dehors de la ville dans une maison entre ferme et pavillon, où l'eau courante ne coulait que dans la cuisine. Des gens modestes et sans histoire qui faisaient très attention à leurs dépenses. Ils comptaient chaque sou et se nourrissaient essentiellement de la récolte de leur potager à l'exception du dimanche. Le dimanche, madame Faivre tordait le cou à l'une de ses volailles qui picoraient dans le jardinet. C'était une femme à la chevelure poivre et sel qui riotait sur toutes ses phrases. Même les tristes. Une façon un peu déstabilisante de cacher son embarras. Elle protégeait ses vêtements sous un tablier de nylon à l'imprimé fleuri sur lequel elle passait une éponge en fin de journée. Baptisée Colette, ils l'appelaient Cocotte à cause des poulets qu'elle étranglait. Elle avait une élocution lente. Une certaine paresse de la langue. Elle possédait une collection de chapeaux en feutrine à large bord, clouée aux murs du salon qui faisait sa fierté."

" A son tour, le père de Franck, une bonne pâte qui respirait bruyamment comme si c'était la dernière fois, te raconta quelques évènements marquants de son existence (...)

Tu ressentais une grande tendresse pour cet homme décoré comme un sapin de Noël. Son insuffisance respiratoire ne lui permettant pas de travailler normalement, un jour sur deux il "bénévolait", comme disait Colette, chez les pères franciscains dont le monastère n'était qu'à quelques centaines de mètres. Le reste du temps, il vivotait péniblement en contemplant les photos datant de son époque glorieuse.(...) Tu avais de la peine pour cet homme souffreteux qui ne se plaignait jamais."

    Une lecture absorbante et passionnante, jamais larmoyante. Le témoignage sensible d'un amour filial.


éditions JBZ & cie - décembre 2010 -

 

Merci Sylire pour ces moments d'émotions.

Partager cet article

Repost 0
Published by Fransoaz - dans roman français
commenter cet article

commentaires

Mireille 28/08/2011 20:35


Je l'ai enfin lu.Après l'avoir attendu longtemps en biblio.
J'ai beaucoup aimé cette musique triste et poignante.Et ressenti une sérieuse envie de "tabasser" le mari.


Fransoaz 07/09/2011 12:28



J'ai été émue par le portrait de cette maman qui m'a fait penser à une personne proche, (heureusement pas d'histoire si dramatique!)



Manu 20/04/2011 14:30


Je l'ai coché chez babelio même si j'ai peur qu'il ne remue trop de choses, ne me fasse penser à une personne proche.


Fransoaz 20/04/2011 23:11



Ce fut le cas pour moi, j'ai retrouvé, esquissé, le portrait d'une personne aujourd'hui disparue.


Une lecture apaisante malgré tout.



sylire 15/04/2011 21:15


Je suis contente que tu aies aimé, mais le contraire m'aurait fort étonnée. C'est un livre qui m'a énormément touchée comme tu le sais.


Fransoaz 16/04/2011 14:59



Tu as su être très convaincante. Merci de me l'avoir fait découvrir.



Malika 15/04/2011 08:39


Je l'avais effectivement déjà noté ...bon ben je renote !!!


Fransoaz 16/04/2011 14:58



Et tu surlignes.


Un bel hommage à une maman disparue comme pour tenter de la faire vivre encore un peu.



Griotte 14/04/2011 20:34


Il m'a fait penser au livre de Marie Sizun "La fille de l'allemand", j'ai beaucoup aimé


Fransoaz 16/04/2011 14:55



Je n'ai pas fait le lien; "la fille de l'allemand" est une lecture un peu lointaine. Deux histoires de femmes , de mères assurément.



Lenn Ha Dilenn

  • : Les lectures de Fransoaz
  •   Les lectures de Fransoaz
  • : Lectures et gourmandises.
  • Contact

Berr-ha-berr

 

blogoclub

Pour le premier décembre

La promesse de l'aube

Romain Gary

 

challengedesnotesetdesm

Challenge des notes et des mots

chez Anne 


Challenge Nos pépites de l'année 2014/2015

Chez Sous les galets

Barzhaz

 

Chez Asphodèle poésie du jeudi

POÉTISONS

Ar Solier