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13 mars 2013 3 13 /03 /mars /2013 16:07

berlin-pour-le-blog-006.jpg

 

    Un joli voyage que celui réalisé par le livre Les voleurs de Manhattan d'Adam Langer. Il s'est posé chez Keisha, Alex, Katell, Lystig, Une comète, Philisine, Astrid et Liliba. Au bout d'une année il est de retour enrichi des cartes, marque-pages et sympathiques petits mots que chaque lectrice a joint. Merci les filles!

   Les avis sur cette lecture, très américaine, sont placés sur toutes les nuances d'une palette qui va de l'enthousiasme et du coup de coeur jusque la déception et l'abandon!

 

La chaîne des livres voyageurs continue...


nos vies désaccordées Nos vie désaccordées de Gaëlle Josse

 

et


         la-mer-et-le-silence.jpegLa mer et le silence de Peter Cunningham


peuvent partir au prochain dégel!

 

 

 


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21 février 2013 4 21 /02 /février /2013 14:50

  Méfiez vous des trains du matin!

      Lorsque Cécile, 47 ans, monte dans le train Troyes-Paris après un week-end ennuyeux et pesant chez ses parents elle ne se doute pas que cette traversée va devenir un voyage dans le temps avec un aiguillage têtu qui s'obstine à rester sur les souvenirs de sa vingtième année.

     Philippe son voisin de train en est la cause. Ils se sont connus et ont eu une liaison amoureuse 27 ans plus tôt. Leur relation s'est terminée par un fiasco lors d'un séjour à Londres.

    Ils se sont reconnus mais feignent le contraire tout en se préparant au cas où l'autre romprait le silence qui s'installe.

 

 

       Le lecteur ne connaîtra la raison de leur rupture qu'à l'arrivée du train en gare du Nord. Il va d'abord dans une alternance de chapitres et de voix écouter ces deux adultes exposer leur vie actuelle et leur version de ce séjour londonien en duo.

     J'ai aimé dans cette histoire le croisement de ces destinées: Philippe, est un jeune homme sûr de lui, monopolisant le devant de la scène, dégageant un magnétisme où viennent échouer les plus jolies filles. Cécile, adolescente au physique ordinaire, passe inaperçue. Le séjour à Londres et sa conclusion radicale donnent à Cécile l'impulsion pour se prendre en main et écraser la petite fourmi insignifiante à laquelle on la compare. Dans le même temps, Philippe va s'engager dans un chemin inverse et devenir, peu ou prou, ce qu'il est aujourd'hui, à presque 50 ans, un homme anodin et terne dont les traits et les ambitions se sont affaissées.

     Le début du livre s'égare un peu dans ces deux ego blessés et l'indifférence des deux voisins de banquette ne nous met pas à l'aise. Le déroulement de leur histoire commune attise notre curiosité mais ne révèle aucun fait exceptionnel.

      Jean-Philippe Blondel creuse dans la réflexion intime et fait jaillir les émotions refoulées. 06H41 aborde les évènements et les rencontres qui nous façonnent, nous nourrissent et font parfois bifurquer nos vies.

     

 

éditions Buchet-Chastel - janvier 2013-


 

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 14:41

     Voilà 15 ans que se sont déroulés les évènements de Sandpiper et qu'Emma l'épouse adulée a disparu. La revoici , en cette veillée de Noël 2014, flanquée du fiston de quinze piges. Entre le père narrateur et le dégingandé rejeton ce n'est pas la révélation immédiate:

-"Tu l'appelles comment?

- Comme toi...

   Je venais de faire la connaissance de 'Commmoi', mon fiston. Il semblait avoir la délicatesse de la toile émeri et tout son être rayonnait de la tendresse infinie qui pousse les psychopathes à égorger les bébés koala avec une lime à ongles."    

     Les affres de leur petite vie à trois donneront l'occasion à ce nouveau père de prendre ses responsabilités. Emma souffre d'une maladie mentale qui nécessite son hospitalisation tandis que Commmoi révèle une plume sublime dans la rédaction de ses devoirs scolaires. Le train du succès, de la célébrité et de la richesse se met en marche et ouvre ses portes à Commmoi, l'auteur de  "Post-scriptum pour personne"et à son père.

 


    J'ai retrouvé avec délectation les protagonistes déjà bien englués dans les sables mouvants de  En moins bien. Pour la suite des aventures grisantes et extatiques de notre looser et de ses amis hors normes, il faut ajouter les entrées fracassantes et inédites de Emma et de Commmoi sans oublier Prosper le chien alcoolique.

   Dans une Amérique - un brin virtuelle- Obama s'empêtre dans une histoire de moeurs avec Lady Gaga et se fait battre aux élections présidentielles par "un broc à orangeade trisomique": Sarah Palin! On n'est à peine surpris de croiser Michael Jackson copinant avec Elvis Presley et allant de concert taquiner le goujon!

Pas mieux dit Arnaud Le Guilcher, peut-être pas!

      Mais c'est toujours tendrement féroce, amoureusement cruel, joyeusement déjanté et carrément barge.

     Un roman bouillonnant et déchaîné où les secousses comiques sont garanties.



  éditions Pocket -mai 2012

    

 


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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 10:50

  Un peu de bois et d'acier pour ce banc public que Chabouté installe au centre de ses dessins-vignettes, quelques planches de bois et quatre pieds chromés comme personnage principal de ses planches de papier. Il invite le lecteur à prêter un oeil malicieux mais attentif à ce banc qui peut se targuer d'accueillir toute une humanité bigarrée et éclectique.

     Le jeune chien est le premier à venir délimiter son territoire en pissant sur le pied suivi par le jogger qui profite de l'assise pour quelques étirements. Tout au long de la journée, des saisons vont se succéder, les fidèles, les de passage, les solitaires, les bandes de jeunes, le musicien qui espère un public, le sans domicile qui, sur ce banc, élira le sien, le représentant de la loi qui immuablement lui dresse procès verbal; il y a l'amoureux et celle qui le deviendra, il y a l'enfant qui fait ses premiers pas et la vieille dame que l'on aperçoit pour la dernière fois.

       Cet observateur zélé nous livre quelques tranches de vie, une succession de personnages qui s'ignorent, se craignent, s'éloignent, se rencontrent, se parlent, se sourient et se tendent la main. C'est tour à tour le banc des témoins et le banc des accusés.

       Chabouté n'utilise ni les mots ni les couleurs pour dire ce banc. Le noir pour les ombres et la nuit, le blanc pour la lumière et le jour, le silence pour le lecteur- spectateur ému.

       On se prend à attendre les visiteurs , à s'inquiéter si un habitué manque à l'appel, à regretter les pas pressés des indifférents et à sourire des amitiés et des amours naissants.

     Humour, tendresse et poésie pour dire, de manière implicite, les petits faits cycliques de la vie qui va, qui vient, qui passe.

 

Editions Vents d'Ouest - septembre 2012-

 

 

 

 

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31 janvier 2013 4 31 /01 /janvier /2013 16:05

cherche-bonheur.jpeg

 

     John, mémoire-passoire et Ella, cancer en bandoulière, affichent un presque soixante au compteur de leur vie commune. Ils entrent dans la maladie et la perte d'autonomie à reculons et décident de faire un pied de nez à la mort en partant à bord de leur camping car le cherche-bonheur jusque la Californie en empruntant la célèbre route 66, la mère des routes.

 

   Ces deux là m'ont fait une petite place à bord de leur véhicule et je n'ai pas hésité un instant.

    Leur entourage, les médecins et leurs enfants, sont bien sûr hostiles à ce baroud d'honneur. Mais que risque t-on à cet âge avancé, dotés d'une santé précaire si ce n'est de mourir plus tôt?

   Ella,la narratrice, jette un regard très lucide sur l'étape extrême de la vie, elle ne veut plus de médicaments, de soins intensifs et d'examens supplémentaires. Elle veut disposer de ses derniers moments de vie comme bon lui semble et associer son mari à cette démarche. Elle jette sa perruque au vent de la liberté, qui entre par intermittences dans le petit habitacle, lui donnant des frissons de plaisir retrouvé . Ce long périple les mène sur les chemins de leurs souvenirs, le film de leur vie se réembobine au rythme de leur voyage et grâce aux diapositives qu'ils visionnent le soir.

    Le ton utilisé par Ella et relayé par Michael Zadoorian est très juste et intègre. Ella ne cache pas ses humeurs, ses douleurs, son agacement devant les absences répétées de John. Mais quoiqu'il leur arrive de fâcheux ou de dramatique elle ne se départ pas de son humour et de sa verve de conteuse.

     Cet ultime projet n'est pas le fait de personnes insensées ou aliénées, pas non plus celui de personnes ayant eu une existence extraordinaire et fabuleuse et qui peuvent au soir de leur vie réaliser encore les rêves les plus fantastiques. " Je n'avais connu que la normalité. Ma vie était d'une extrême platitude." On sent l'extrême détermination d'Ella aiguisée par l'amour immense qu'elle porte à la vie et à son mari. Cette volonté chevillée au corps -ou plutôt au déambulateur-  nous touche et nous partageons tour à tour le désarroi puis les bonheurs de ce couple ordinaire mais exceptionnel, qui décide de finir debout.

       Une réflexion clairvoyante, une leçon d'abnégation, de courage et de dignité où le lecteur rend les larmes.

 

Merci Maela de L'ivresse des mots pour ton conseil avisé.


Traduction de Jean-François Merle


éditions Le fleuve noir - octobre 2010-

éditions 10/18 -octobre 2011-

 

 

 


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23 janvier 2013 3 23 /01 /janvier /2013 10:27

revenants

     Craig, jeune étudiant insouciant et fêtard tombe amoureux de Nicole, jolie jeune fille à l'avenir prometteur, qui réside aussi sur le campus de Godwin Honors College. Lorsque Nicole meurt dans un accident de la route, Craig qui conduisait la voiture est soupçonné de meurtre. Il ne se souvient de rien et peine à se défendre.

     Shellie est le seul témoin oculaire de ce drame et malgré son insistance pour témoigner et prouver l'innocence de Craig, les journaux continuent de cacher la vérité et d'enfoncer le jeune conducteur.

    Perry partage la chambre de Craig et malgré son attachement pour Nicole soutient son ami dans l'adversité. Il se passionne pour les traditions liées au culte de la mort et bénéficie d'une dérogation pour suivre les cours qui traitent de ce sujet.

     Mira, est le professeur de Perry pour ce cours dont l'intitulé est "la mort, mourir et les non-morts". Mira vit des heures difficiles dans sa vie de couple et doit travailler avec acharnement pour pouvoir renouveler son contrat dans cette prestigieuse université.

     Cette poignée de personnages, et plusieurs autres plus secondaires, ont un lien avec les faits mystérieux et surnaturels qui se produisent sur le campus de cette université du Midwest américain.

 

     J'avais vu -pas lu, la nuance est de taille- beaucoup d'avis enthousiastes sur ce livre, sur cette auteure.  C'est donc une couverture familière qui a attiré mon regard sur le tourniquet de la bibliothèque municipale. Au bout d'une centaine de pages j'ai cherché, en vain, le secours d'une quatrième de couverture (il n'y a pas de résumé), j'ai donc reporté mon attention sur la couverture et sur le titre Les revenants.  Je saisissais mieux pourquoi la mort, ses rites, son folklore en étaient le personnage principal, mais regrettais mon choix pour un thème peu engageant.

     Le début de l'histoire est poussif et nous présente des personnages antipathiques et futiles. Il est difficile de s'y retrouver dans le nombre de protagonistes, l'auteure manque souvent de précision, elle multiplie les flash-backs concourant encore à ajouter de la confusion.

      Au bout d'une centaine de pages il m'a donc fallu trancher: " Stop ou Encore". J'ai sûrement fait le bon choix en décidant de poursuivre ma lecture car j'ai enfin senti, chez les personnages cités plus haut, émerger deux doigts de discernement et les contours d'une histoire palpitante se dessiner.

      L'auteure dénonce les sororités et fraternités, ces groupes claniques qui caractérisent les universités américaines, le bizutage humiliant et dégradant qui dérape, les instances directrices qui camouflent des faits graves et cautionnent des actes révoltants afin de garder leur rang au palmarès des meilleures universités. Les revenants  décrit cette étape charnière de l'adolescent qui devient adulte mais se balance encore entre deux âges sans réussir à trouver l'équilibre. Les revenants évoquent notre attirance et notre fascination pour la mort mais aussi notre questionnement et nos peurs.

       La plume de Laura Kassischke n'est pas transcendante mais elle réussit en nouant et dénouant des intrigues, en surfant dans un monde surnaturel à nous tenir en haleine avant que le soufflé ne retombe brutalement lorsque au dernier chapitre l'auteure n'assume plus son histoire et se dérobe.

      Entre Laura Kassischke et moi c'est déjà fini!

 

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Eric Chédaille

    Editions Christian Bourgeois - septembre 2011-

 



  



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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 13:05

certaines-otsuka.jpeg

      Certaines n'avaient jamais vu la mer car elles vivaient dans les montagnes ou dans les campagnes reculées du Japon. Certaines n'avaient jamais vu la mer car au début du XXe siècle les jeunes filles qui vivaient dans un milieu pauvre travaillaient dur dans les champs de leur parents et se mariaient jeunes au fils de la ferme voisine sans espoir de loisirs ou de voyages.

    Un beau jour elles sont montées sur un grand bateau à destination des Etats-Unis avec au bout du voyage la rencontre avec cet homme qu'elles ne connaissaient que en photo: leur mari.

     Ces japonaises, très jeunes pour la plupart, vont au devant d'une existence qu'elle n'ont pas choisie mais avec l'espoir d'améliorer leurs conditions de vie. Elles n'auront pas toutes le même destin, selon la mansuétude et la générosité du conjoint ou au contraire sa violence, sa paresse et son infidélité. Certaines connaîtront les joies de la maternité lorsque d'autres resteront stériles ou enterreront leurs enfants en bas âge.

     Mais toutes connaîtront la difficulté, la peur, l'obscurité, les tribulations de l'étrangère en exil, l'accueil froid et les réticences des blancs, la pauvreté des fermiers, jouets des propriétaires terriens. Elles verront toutes leurs enfants s'américaniser jusqu'à oublier la langue et renier les traditions séculaires japonaises.

     "Nos fils devenaient énormes. ils insistaient pour manger des oeufs au bacon tous les matins au petit déjeuner à la place de la soupe à la pâte de haricot. Ils refusaient d'utiliser des baguettes. Buvaient des litres et des litres de lait. Inondaient leur riz de ketchup. Ils parlaient un anglais parfait, comme à la radio, et chaque fois qu'ils nous voyaient nous incliner devant le dieu de la cuisine en frappant dans nos mains, ils roulaient des yeux et nous lançaient:"Maman, pitié!"

 

 

    Julie Otsuka s'inspire de l'arrivée en nombre de jeunes femmes nippones sur le sol américain venant épouser des hommes d'ascendance japonaise. Elle utilise le "nous" pour exposer la situation dramatique et l'infortune de ces jeunes femmes qui après avoir idéalisé leur nouvelle vie vont se sentir grugées et trompées: le travail est intense et pénible, la pauvreté, la faim, le rejet des autochtones est leur quotidien;  la désillusion est totale et mènera certaines au suicide.

    Le choix narratif est intéressant car l'utilisation du "nous" ,en englobant le sort de toutes ces femmes, fait l'effet d'une sorte de psalmodie énumérative des différentes expériences américaines, un chant douloureux et discret. Mais j'ai ressenti aussi, parfois, l'envie que l'auteure abandonne la première personne du pluriel pour suivre au plus près l'une ou l'autre de ses héroïnes, pour se glisser dans le sillage de leur kimono et partager le rituel du thé avant de recueillir leurs confidences.

     Une complainte envoûtante qui tire de l'oubli le sort tragique de ces japonaises.

 

éditions Phébus - juillet 2012-
-traduit de l'américain par Carine Chichereau

 


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24 décembre 2012 1 24 /12 /décembre /2012 00:00

litchi-collegiens-NOEL-diamine-070.jpg

 

" J'avais prévu un cadeau pour chacun. Je les avais achetés le lendemain du déménagement et, en scrutant les vitrines, je me disais que la vraie pauvreté c'est de n'avoir personne à qui offrir."


Le vase où meurt cette verveine  de Frédérique Martin

 

litchi collégiens NOEL diamine 069


NEDELEG LAOUEN D'AN HOLL!

 

 

 



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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 13:06

verveine.jpeg

Le vase où meurt cette verveine
D'un coup d'éventail fut fêlé ;
Le coup dut l'effleurer à peine :
Aucun bruit ne l'a révélé.

     Zika et Joseph sont mariés depuis cinquante six ans et coulent une vie paisible et douce puisant leur énergie dans la force de leur amour réciproque. Leur fille, Isabelle, célibataire sans enfant vit à Paris. Gauthier, le fils, vit à Monfort avec Joëlle, maman de Thomas 15 ans, né d'une précédente union et avec leur fille Rosalia 5 ans.

     Sa santé chancelante oblige Zika à se séparer de son époux et à venir vivre avec sa fille Isabelle à Paris pour se rapprocher des meilleurs spécialistes en cardiologie. Le logement de Isabelle est trop exigu pour accueillir Joseph qui demeurera chez Gauthier et Joëlle.

     Cette séparation inédite, la première pour ce couple fusionnel, crée une liaison épistolaire entre les deux septuagénaires. Ils se languissent l'un de l'autre, essaient en vain d'occuper leur temps et leur esprit en réalisant quelques tâches domestiques. Mais l'ennui et le manque du compagnon creusent et altèrent leur moral surtout que la séparation qui devait être provisoire s'éternise.


Mais la légère meurtrissure,
Mordant le cristal chaque jour,
D'une marche invisible et sûre,
En a fait lentement le tour.

 

    Cette séparation va être le révélateur des failles de la famille. Isabelle va tenter de conquérir le coeur de sa mère en ressassant ses frustrations d'enfant délaissée. Elle considère que la dévotion aveugle de ses parents l'a privée de l'amour maternel.  Elle est déterminée à exiger des dédommagements d'affection et de tendresse maintenant qu'elle a sa maman rien que pour elle. 

Son eau fraîche a fui goutte à goutte,
Le suc des fleurs s'est épuisé ;
Personne encore ne s'en doute,
N'y touchez pas, il est brisé.

      Joseph  s'inquiète de l'atmosphère pesante qui règne dans le couple formé par son fils et sa belle-fille. Leur relation semble se déliter dans la cadence effrénée du quotidien et les absences prolongées de Gauthier. La tension est vive entre les adultes et seuls les petits-enfants complices du grand-père apportent la candeur et la spontanéité de leur jeunesse.

Souvent aussi la main qu'on aime,
Effleurant le cœur, le meurtrit ;
Puis le cœur se fend de lui-même,
La fleur de son amour périt ;

 

     Frédérique Martin aborde le thème des malentendus générationnels et des rôles inversés quand les enfants doivent prendre en charge les parents vieillissants. Elle dresse le portrait idéalisé du couple et de la passion infinie qui se perpétue jour après jour. Elle surprend le lecteur en poussant au paroxysme l'hostilité de cette femme âgée pour sa fille vindicative. Le malaise étreint le lecteur opressé qui ne peut croire à ce qu'il lit.

      Avec à propos, l'auteure emprunte à Sully Prudhomme la métaphore de ce plant de verveine qui, laissant sourdre l'eau, ne peut plus se redresser et finit par mourir. 

Toujours intact aux yeux du monde,
Il sent croître et pleurer tout bas
Sa blessure fine et profonde ;
Il est brisé, n'y touchez pas.

Sully Prudhomme, Stances et Poèmes, Le Vase brisé 1865.

 

     Attention: histoire fracassante qui peut provoquer un ressac très violent chez le lecteur. Cette tempête m'a bousculée et laissée sans forces sur le rivage! A découvrir à la prochaine grande marée.

 

Le billet de Anne.

 

 

éditions Belfond- avril 2012

 


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13 décembre 2012 4 13 /12 /décembre /2012 00:00

gains.jpeg

     Gains mêle deux histoires, deux chemins qui convergent mais des intérêts qui divergent.

      Le récit démarre au début du XIX ème siècle. Pour échapper aux conséquences d’un pari qui a mal tourné Jephthah Clare fuit l’Angleterre pour les États-Unis, avec femme, enfants et caisses de vaisselle en grès de Wedgwood. Avec le bénéfice retiré de la vente de cette vaisselle de luxe, il arme des bateaux marchands. La supercherie et le risque ne font pas peur à cet homme frondeur qui devient très vite incontournable sur le marché de l’import-export.

     A la mort de Jephthah, le juteux marché maritime décline, les affaires ralentissent, les cales des bateaux restent vides et ne rapportent plus rien.

     Sous la férule des trois fils de Jephthah, les établissements Clare  se lancent dans la production intensive de produits manufacturés avec comme produit phare la savonnette.

     Fin du 20ème siècle: Clare est une grande multinationale qui continue de produire dans ses usines polluantes implantées dans plusieurs grandes villes des Etats-Unis. La ville de Lacewood, siège des usines Clare,  abrite les productions d'engrais et de pesticides et incarne à elle seule la montée du capitalisme et ses effets pervers sur la santé des habitants et la survie de la planète.  

     Près de ce colosse vit Laura, 42 ans, mère de deux enfants, agent immobilier talentueuse. Elle se fait opérer d'un cancer aux ovaires et entame de douloureuses séances de chimiothérapie qui la laissent languide et exsangue. En lisant la presse, elle a vent de témoignages de personnes qui établissent un parallèle entre les fumées nocives qui s’échappent des usines voisines  et la recrudescence des cancers dans cette région.

 

      Gains explore dans les moindres détails la lente ascension de la famille Clare. Le lecteur est au cœur d'une saga familiale qui illustre les transformations socio-économiques des Etats Unis sur presque deux siècles. Petite manufacture deviendra grande pourvu qu'elle résiste aux soubresauts du marché, aux grèves des ouvriers, aux krachs boursiers, pourvu qu'elle sache créer de nouveaux besoins avec force réclames et cadeaux publicitaires, pourvu qu'elle se lance avec avidité dans la diversification de produits modernes.

      Les aventures de ce conglomérat sont ponctuées par l'évolution de la maladie de Laura. Et le gigantisme de la multinationale cède alors la place à l'infiniment petit. Opération, nausées, chimio, déchéance, perte de l’intégrité physique et détachement matériel de la vie... La lente catabase de Laura est le pendant de l'expansion des établissements Clare. On aboutit à un cercle vicieux "parfait" car Clare invente et produit les médicaments nécessaires pour soigner le cancer dont il est l'instigateur.

     L'érudition de l'auteur force le respect; Richard Powers est un maître dans les domaines de la chimie et de l'économie. Son talent littéraire n'en est pas moindre car il équilibre son roman entre les deux personnages centraux: la montée du libéralisme américain et le combat contre la maladie.

      A conseiller aux futurs bacheliers section économie; Gains remplacera avec bonheur et intelligence les annales de révision des programmes de terminale.


Gains paraît aux Etats-Unis en 1998; il est traduit par Claude et Jean Demanuelli.


Editions du cherche midi - août 2012.

 

   Un grand merci à Oliver de Price Minister pour son indulgence et sa patience.

 


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