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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 11:57

rosa candida     Délaissant son métier de pêcheur qui ne lui convient pas, Arnljótur décide de quitter le pays de son enfance pour rejoindre la plus célèbre roseraie du monde. Sa maman avec qui il nourrissait une grande complicité, vient de mourir dans un accident de voiture. Elle lui a laissé en héritage un amour inconditionnel pour le végétal et en particulier pour la culture des roses. C’est dans la serre familiale que lors d’un tout petit bout de nuit Arnljótur a mis Anna, une vague connaissance, enceinte.

      Son vieux papa déplore la décision d’Arnljótur ; il ambitionnait pour son fils de 22 ans des études supérieures en botanique ou en biologie. « Je me sens mieux dans la terre mouillée ; c’est autre chose de pouvoir toucher des plantes vivantes, on ne sent pas l’odeur de l’arbre après la pluie dans un laboratoire. C’est difficile de mettre en mots notre univers à maman et moi, pour papa. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui pousse dans un sol fertile ».

      Résigné, le sexagénaire prépare pour Arnljótur et Jósef son frère jumeau autiste le repas du départ avec beaucoup de soin et d'application.


     Le livre démarre dans l’expectative d’un départ programmé, le papa est touchant dans son veuvage et dans le zèle qu’il met à remplacer l’absente auprès de ses fils. Il voudrait que, à son image de père aimant et attentionné, Arnljótur prenne son rôle de papa au sérieux et soit présent près de sa fille Flóra Sól et de Anna sa mère.

«    -  J’aurai voulu inviter la demoiselle et l’enfant, poursuit-il, mais va savoir  si tu n'y serais pas opposé.                       

-         Oui, j’y suis opposé. La demoiselle comme tu dis, et moi, on n’est pas un couple et on ne l’a jamais été, même si on a un enfant ensemble. Ça a été un accident. (…)

-         Ta mère n’aurait pas vu d’objection à les inviter au dernier repas.

Chaque fois que papa a besoin de donner du poids à ses paroles, il tire maman de sa tombe pour l’appeler en renfort. »

 

     L’histoire de ces jeunes gens, de cet enfant et des adultes qui les entourent est une bulle de légèreté hors du temps, hors de notre espace quotidien trépidant et affairé. La roseraie jouxte un monastère dans un petit village calme et serein où rien de très important ne se passe, la vie suit son cours sans heurts et sans soubresauts. Un endroit propice à la réflexion et à la méditation. Ici tout est harmonie, les gens vivent leurs passions en toute tranquillité. Frère Thomas est féru de cinéma et visionne ses films chaque soir ; Arnljótur déploie ses talents et son amour des plantes dans la roseraie abandonnée du monastère ; Anna se consacre à ses études de biologie et Flóra Sól grandit et se développe avec grâce.

     J’ai aimé le style un peu suranné et la quiétude qui enveloppe cette histoire de transmissions mais certains passages du roman m’ont moins captivés. Le voyage en avion, ainsi que le long déplacement en voiture m’ont paru « anachroniques » dans ce cheminement initiatique.

 

Roman traduit de l’islandais par Catherine Eyjófsson

Zulma - août 2010-

prix cezam

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 12:04

le-compagnon.jpeg

  

 

 

     Septembre 1943, les alliés débarquent dans le sud de l’Italie. Un détachement de soldats italiens regroupés autour du lieutenant Cafiero attend calme et résigné le début de l’affrontement. Les ordres supérieurs du commandement n’arrivent pas jusqu'à cet endroit isolé. Malgré le manque de provisions et de munitions, le lieutenant enjoint ses hommes de se préparer pour l’assaut final.

«  - Que les hommes se préparent, reprend l’officier ; s’ils débarquent, ils doivent nous trouver à nos postes.

     Il s’éloigne et les hommes s’exécutent : ils graissent les armes, nettoient leurs godillots, sortent les grenades des caisses et les disposent dans les niches creusées dans le talus, contrôlent les chargeurs des mitraillettes, raccommodent leurs uniformes. 

     Certains se rasent. D’autres écrivent à leurs familles. L’officier passe parmi eux sans un mot : les soldats lèvent la tête et le regardent. C’est le crépuscule. Le rocher rougeoie dans les derniers feux du soleil d’automne, le miroir de la mer entre Scylla et Charybde est pur, d’un gris bleuté déjà nocturne. »

     La nuit ne s’est pas encore dissipée lorsque l’armée anglaise prend possession des terres italiennes en débarquant par la pointe sud où sont postés les hommes de Cafiero. Avant de tomber sous les balles le lieutenant demande à son ordonnance, le chasseur alpin Calusia, une ultime requête : celle de ramener son corps à Naples auprès de sa famille.

     Commence alors pour Calusia et son âne Roméo un périple à travers l’Italie dévastée et hagarde. Les rencontres avec Concetta, la jeune orpheline, ou plus tard avec Mariagiulia, la solide veuve ne vont à aucun moment, ni contrarier sa promesse ni le détourner de ses engagements.

 

    Curzio Malaparte est né en Toscane en 1898, il meurt à Rome en 1957. Il a commencé l’écriture de ce livre en 1946 et l’a repris en 1956. Tous les livres de Malaparte transcrivent « les aventures tourmentées d’un Italien dans le siècle et les sentiments mêlés voire contradictoires, que lui inspire la mère patrie. »


  Le compagnon de voyage revient sur un épisode historique : la guerre civile entre l’Italie du Sud qui soutient les alliés et celle du Nord fasciste. C’est cette situation chaotique qui sert de décor à ce court roman. Calusia transporte le corps de son lieutenant sur les chemins d’un pays dévasté, il croise des réfugiés errants et affamés.

   L’écriture est poétique, d’une grande simplicité et d’une grande justesse à l’image de Calusia, cet homme sobre, généreux, courageux et dévoué. Le personnage un peu fruste du début laisse place à un esprit fin et sensible. Calusia incarne l’espoir du peuple italien, l’espoir de réconciliation et de paix.

Folio-septembre 2010


  Merci B-O-B. pour ce premier partenariat.bob 

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21 décembre 2010 2 21 /12 /décembre /2010 17:10

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     Noir est un vieil  homme aujourd’hui et son corps ne lui répond plus avec la même souplesse qu’autrefois. Il y a de nombreuses années qu’il est arrivé ici à Rofanello, dans le « désert » d’ Accona avec le rêve de devenir paysan, lui, l’homme du sud, fils de maçon. On l’a regardé d’un drôle d’œil s’installer dans cette propriété délabrée et parcourir ses terres, s’acoquiner avec les chevreuils et les cyprès.

     Après toutes ces années et malgré la sueur versée et les moissons engrangées, après la mort de sa femme et le départ de son fils, le voisinage reste méfiant et soupçonneux à son égard. Lorsqu’il détecte les traces de la louve sur ses terres, il décide de se taire pour ne pas provoquer l’ire des chasseurs, braconniers et autres villageois. Mais la nouvelle se répand vite, et Noir est seul pour essayer de sauver la vie de cette louve.


  "Noir aimait cette campagne, les arbres qui y poussaient : c’était surtout cet amour qui le séparait des autres. Les gens d’ici maltraitaient la nature comme si elle pouvait tout supporter. Ils se vengeaient sur elle de leurs instincts violents, de leurs échecs, de leurs rancoeurs accumulées."


     Noir, est un paysan solitaire en phase avec la nature. Il rejette le monde qui ne partage pas ses convictions, il respecte chaque graine, chaque petite bête. Il est bien plus proche de la nature que des hommes et est plus patient et tolérant envers elle qu'envers la femme qui parfois le visite ou son fils aujourd’hui loin de lui.


     Un livre qui dénonce l’absurdité de la chasse dans ce qu’elle a de plus bas et de plus cruel. Un livre sur la violence et la haine qui régit les relations de ces derniers paysans toscans, ces chasseurs cupides et vaniteux.


     Anna Luisa Pignatelli trempe sa plume dans la terre sèche et âpre des paysages toscans et nous livre une histoire sombre sur la fin d'une race d'hommes respectueux de la nature et de la vie.


 Traduit de l'italien par Alain Adaken

La différence-novembre 2009 

 

Merci à Kathel d'en avoir fait un livre voyageur.

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 16:11

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     Georg a 14 ans lorsque sa grand-mère retrouve dans la vieille poussette rouge familiale une lettre. Cette lettre va semer le trouble et la fébrilité dans la famille de Georg car l’expéditeur est son père… décédé depuis 11 ans. Incrédule, Georg découvre une longue lettre rédigée par son papa quelques temps avant sa mort. Sous la forme d’un conte de fées, Jan Olav, le père, déroule l’histoire de « la belle aux oranges », la jeune fille mystérieuse rencontrée dans le tramway et dont il tombe amoureux. Georg devient lecteur attentif et mêle ses commentaires, ses réflexions, ses souvenirs aux écrits de son père.

 

      C’est un roman d’initiation par procuration où le père libère la parole intime et urgente. Le père veut garder son rôle de père au-delà de la séparation, au-delà de la mort. Par le biais de ce beau conte, il souhaite aider Georg à construire sa vie d’adulte en lui inculquant les valeurs qui étaient les siennes. Son but est d’offrir à son fils des clefs pour mieux comprendre son histoire et son environnement et aussi pour mieux connaître celui qui fut son père. Cet héritage, qui aurait pu être un poids pour Georg en dévoilant, par exemple, des secrets de famille indigestes, est un soulagement, une force nouvelle mais aussi un questionnement pour cet ado. Le récit de "la belle aux oranges" débouche sur une réflexion relayée au fils par le père sur le sens de la vie et la recherche du bonheur.

« De mon père, j’ai hérité d’un profond chagrin, celui de devoir un jour quitter ce monde. Mais j’ai aussi hérité d’un œil pour voir combien la vie est fantastique. »

 

   L’idée d’écrire une lettre qui ne sera lue, par nos proches, qu’après notre mort peut déranger. Elle fait d’ailleurs débat au moment où se développent les sites proposant ce service. Ici, rien de morbide ou d’indécent, juste un tissage d’amour, de tendresse, de plénitude et de don de soi.


Points - janvier 2010


Merci Clara pour ce prêt.

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15 novembre 2010 1 15 /11 /novembre /2010 21:47

la mer noire   

 

 

      Il est difficile de vous parler de l’histoire de Tamouna, tellement cette vieille dame incarne la simplicité tranquille. Cependant, puisqu’elle fête aujourd’hui ses 90 ans je peux vous dire que l’exil non choisi à son adolescence a marqué chaque moment de sa longue existence et qu’elle n’a jamais oublié Tamaz, l’amour de sa vie.

      En quittant la Géorgie à 15 ans, Tamouna laisse derrière elle une partie de sa famille et surtout la promesse d’une belle histoire d’amour. Avec volonté et détermination elle va prendre ses repères dans Paris et retrouver la communauté géorgienne déjà en place. Pendant ce temps la situation politique se durcit en Géorgie. Le rêve du retour à Tbilissi, où sont restés les grands parents, s’éloigne. Tamouna va devoir faire face à plusieurs drames dont la disparition de son père qui paye cher sa lutte pour l’indépendance de son pays.

  « Nous ne parlons jamais de notre père. Je hais le silence qui l’entoure, je hais le temps qui fait de lui une silhouette glissant dans des sables mouvants, je hais ma passivité. »

      Aujourd’hui, au moment où tombe le mur de Berlin, elle se prépare à la fête donnée en son honneur, elle se souvient, elle espère…

« La porte ne cesse plus de s’ouvrir et de se refermer. La pièce fourmille. Le tourbillon d’allées et venues lui rend son calme. Ils sont tous là. Ses enfants, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants. Ses cousins, leurs enfants, leurs petits enfants et arrière-petits-enfants. Les maris et les femmes des uns et des autres .» 

     Je suis sensible à la fraternité, la solidarité, le soutien de cette grande famille où même les avis divergents ne réussissent à détruire les relations et les liens ; cette force est puisée dans les racines communes et le socle des traditions géorgiennes. Il règne chez ces exilés une simplicité, un naturel déconcertant malgré l’ambivalence de leur situation : ils opèrent avec justesse pour se fondre dans leur vie parisienne mais sans rien renier de leurs coutumes traditionnelles inhérentes à leur lignée géorgienne.

     L’écriture est sobre à l’image de cette vie qui se déroule. La maladie de Théa, la sœur de Tamouna, avec qui elle entretient des rapports forts et tendres, est un moment très émouvant, il est difficile de retenir ses larmes lorsque s’élèvent les chants géorgiens.

      J'ai, cependant, ressenti une certaine frustation de devoir à chaque chapitre changer d'époque, changer d'histoire. L'histoire d'amour entre Tamouna et Tamaz m'a semblé plus imaginaire qu'effective.

  La mer noire reste un magnifique roman sur l'exil.


Sabine.Wespieser-mai 2010

 

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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 10:29

 

 

index-copie-3

  Ô vieillesse ennemie!

 

       Je me suis un peu ennuyée au début de ce livre avec parfois l’impression de lire le Vidal (que je n’ai jamais ouvert en fait).

       L’histoire commence par l’enterrement du narrateur. On découvre quelques bribes de sa vie et de celles des gens de son entourage. Et puis tout doucement se déroule la vie de cet homme : ses trois enfants, ses trois femmes, sa réussite professionnelle, son succès auprès des femmes, l’importance des ses années jeunesse auprès de son papa artisan horloger. A l’automne de sa vie l’homme fait le bilan de sa vie, de ses regrets, ses erreurs. Il a peur de vieillir, il perd peu à peu son énergie sportive, son succès auprès des femmes, il perd ses parents et ses amis et surtout il perd progressivement mais inéluctablement sa santé. C’est ce qui le mine le plus et l’empêche d’avancer.

 

« Et puis un jour, il s’était produit quelque chose d’imprévu et d’imprévisible : il vivait depuis près de trois quarts de siècle, et voilà que la phase créative, active de sa vie était révolue. Il ne dégageait plus ce magnétisme, propre au mâle en activité, il ne pouvait plus faire fleurir les joies masculines et il essayait de ne pas trop les regretter. Une fois tout seul, il avait cru un moment que les composantes manquantes allaient lui revenir pour le rendre de nouveau inviolable, réaffirmer sa maîtrise sur la vie ; que les prérogatives qui lui avaient été ravies par erreur lui seraient restituées, et qu’il pourrait reprendre sa vie où il l’avait laissée quelques années plus tôt. Or il semblait bien au contraire que, vieillard diminué comme beaucoup de vieillards il était entré dans un processus de rétrécissement, et qu’il lui faudrait en l’occurrence boire jusqu’à la lie le calice de ses jours sans but, jours sans but et nuits incertaines, témoin de sa dégradation physique irréversible, en proie à une tristesse incurable, dans l’attente, l’attente de celui qui n’a rien à attendre. C’est comme ça que ça marche se dit-il, et ça, tu ne pouvais pas le savoir. »


    Pas une trace d’optimisme dans le roman de Philip Roth, aucun réconfort à trouver dans la sagesse, l’expérience ou l’amour des petits enfants. Il n’est question que de déchéance entraînant l'affaiblissement physique et moral puis la mort. 

    Un livre dévastateur mais très émouvant et profond où il est question d’échec, de maladie, de peurs et de solitude. C'est l’homme -n'importe quel homme- seul et nu face à son vieillissement et à sa mort.

Gallimard -novembre 2007-

 

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22 septembre 2010 3 22 /09 /septembre /2010 12:51

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     Vive l'Estonie libre !


     Un matin de 1992, Aliide, une vieille estonienne, aperçoit dans la cour de sa ferme un étrange ballot. Ce ballot de taille humaine et aux cheveux blonds est le corps sale et boueux d'une jeune fille. Les vêtements, pourtant de bonne facture, sont déchirés et souillés, les yeux sont hagards et les propos incohérents. Malgré les questions qui se bousculent dans la tête d'Aliide sur la présence chez elle de cette fille ( voleuse, espionne ou simple mendiante?), elle va l'accueillir dans sa cuisine et la réconforter.

    Par d'incessants retours dans le passé des personnages, toujours en lien avec l'histoire tourmentée de l' Estonie, l'auteur va dévoiler peu à peu le lien qui unit ces deux personnes:  Zara la jeune fille misérable et paumée et Aliide la vieille dame esseulée et méfiante.

   En filigrane de ce roman: la peur ; elle s'infiltre et s'invite dans cette campagne reculée et archaïque . Elle est omniprésente et s'accroche à la peau des deux femmes tout comme les grosses mouches à viande que chasse en vain Aliide. L'imposture et la honte qui ont régit toute la vie d'adulte d'Aliide sont le pendant de cette peur installée aujourd'hui dans sa vie. De la même manière qu'elle a poussé de lourdes armoires pour masquer son secret, elle va édifier une façade de mensonges pour s'abriter, donner le change et  sauver ceux qu'elle aime. La peur que ressent  Zara est tout aussi légitime et liée à sa triste expérience en Allemagne.

  "Mais la terreur de la fille était tellement vive qu’Aliide la ressentit soudain en elle-même. Bon sang , comment son corps se souvenait-il de cette sensation, et s’en souvenait si bien qu’il était prêt à la partager dès qu’il l’apercevait dans les yeux d’une inconnue.(…) mais maintenant qu’il y avait dans sa cuisine une fille qui dégoulinait de peur par tous les pores sur la toile cirée, elle était incapable de la chasser de la main comme elle aurait dû le faire, elle la laissait s’insinuer entre le papier peint et la vieille colle, dans les fentes laissées par des photos cachées puis retirées. La peur s’installait là en faisant comme chez soi"  

 


   Voilà un livre qui a une vraie carrure, il est bien charpenté et tient la route. Il nous oblige à faire un saut dans ce petit pays balte et à mieux comprendre le poids du passé lié aux différentes occupations. La carte du début de livre, la frise historique à la fin sont des éclairages pour la lecture . Et même s'il nous manque encore sans doute quelques clés pour appréhender complètement la réalité historique de ce pays nous sortons de cette lecture plus instruits, plus proches de cette population martyrisée.

    La façon dont  Sofi Oksanen a tissé son oeuvre entretient l'intrigue, à son plus haut niveau, d'un bout à l'autre du récit. La traduction  talentueuse, la densité des personnages et la dimension historique contribuent à faire de Purge un très grand roman.

 

traduit du finnois par Sébastien Cagnoli

Mai 2010- Cosmopolite STOCK

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9 septembre 2010 4 09 /09 /septembre /2010 16:57

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      L’épopée démarre à Dove River,un petit village de Nouvelle Ecosse au Canada,   lors de l'assassinat mystérieux de Laurent Jammet, un trappeur français. Parce que sa disparition coïncide avec ce meurtre, le fils de Madame Ross va être activement recherché par les hommes de la compagnie de la baie. Madame Ross ne peut pas croire en la culpabilité de son fils, et va aussi se mettre en route afin de le retrouver. Elle  entreprend un périple haletant et palpitant au cœur du grand Nord canadien guidé par un homme bourru et taiseux  pour qui elle développe peu à peu des sentiments ambivalents. A chaque étape que font les voyageurs viennent se mêler l’histoire, la vie des gens rencontrés.

     Et c’est l’alchimie qui se fait entre tous ces destins qui fait l’intérêt et le charme de cette longue saga. Nous avons beaucoup d’empathie et d’inquiétude pour cette maman tourmentée mais audacieuse et courageuse. La cruauté et la fourberie des négociants en fourrure ne font pas le poids face à la détermination et la solidarité des voyageurs-détectives. Ce ne sont pas les loups qui rôdent ni le froid qui déploie sa gangue glaciale les principaux obstacles mais bien l’avidité et la sauvagerie de ces hommes sans scrupules.

   Un très grand roman plein d’humanité.

Belfond - octobre 2008

 

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29 juillet 2010 4 29 /07 /juillet /2010 11:27

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  La Suède solitaire et glaciale

 

      Un chirurgien doit prendre une retraite anticipée à la suite d’une erreur  médicale non assumée. Il se retranche sur une petite île de la mer Baltique. Les visites régulières du facteur, les bains quotidiens dans la glace et la compagnie de son chien et de son chat rythment et ordonnent sa vie de reclus. « Je descends dans mon trou noir pour sentir que je suis encore en vie. Après le bain, c'est comme si la solitude refluait un peu. Un jour, je mourrai peut-être sous le choc du froid. J'ai pied là où je m'immerge; je ne disparaîtrai donc pas sous la glace, je resterai debout dans le trou d'eau, qui regèlera rapidement autour de moi, et c'est Jansson qui me découvrira. Jansson est le type qui distribue le courrier par ici, sur les îles. »

 Le retour inopiné dans sa vie d’un amour de jeunesse va bouleverser cette routine bien établie. Harriet est là pour lui demander d’accéder à la promesse faite autrefois et pour lui confier un grand secret.

   C’est un roman sur la solitude, le déclin et la mort. Mais c’est surtout la renaissance et la rédemption de cet homme brisé et déchu qui éclatent dans ce roman. La venue d’Harriet va être l’élément déclencheur de sa nouvelle vie. Il va retrouver le goût  de l’altérité et rétablir une vie sociale.

   L’écriture est simple, sobre, sans fioritures, les références à la nature et au climat omniprésentes : «  Il y a une mélancolie particulière qui accompagne le départ des oiseaux migrateurs. L’envers exact de la joie qu’on éprouve à leur retour au printemps. L’automne refermait son livre, l’hiver approchait de jour en jour. »

Certaines scènes sont jubilatoires comme celle qui mentionne la prise de mesures par le cordonnier, véritable orfèvre : deux heures de mesures pour fabriquer des chaussures uniques et de qualité supérieure (seule référence au titre abusif du livre) ou aussi la lente et inexorable  invasion des fourmis dans la pièce principale mais inoccupée de la maison.

     Un roman inattendu de Henning Mankell, à découvrir.

 

Le seuil – octobre 2009

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21 juillet 2010 3 21 /07 /juillet /2010 14:53

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        Ren, douze ans, vit à l’orphelinat Saint Anthony en Nouvelle Angleterre. La seule trace de sa vie antérieure est une bandelette de beau tissu sur laquelle sont brodées trois lettres R E N. Il ne se sépare jamais de ce bout de chemise qui atteste d’une présence féminine au début de sa vie. La vie monotone de l’orphelinat marque de temps en temps une pause, un espoir lorsque se présentent des gens en quête de fils à adopter. Les orphelins sont alors réunis dans la cour près de la statue de Saint Antoine (saint patron des objets perdus). Et c’est là, que Ren, le manchot,  qui se croyait destiné à l’armée va faire connaissance avec « son grand frère » Benjamin.

   Après les privations, les punitions, le travail éreintant de l’orphelinat la vie de Ren va s’affoler, se précipiter, se déchaîner dans un monde de rapines, de vols, de trafics en tout genre. Dans cet univers inconnu, Ren va multiplier les rencontres atypiques : un instituteur alcoolique qui croit aux vertus de l’amitié, un nain, créateur de jouets, vivant sur les toits et attendant la nuit pour se ravitailler, une logeuse UN PEU SOURDE qui aura des réactions maternelles envers Ren, un personnage bien charpenté, sorti de sa tombe et qui semble avoir un goût certain pour les meurtres… Les cavalcades rocambolesques, les courses-poursuites vont se multiplier. Ren va révéler ses qualités de meneur et de chef grâce à son courage et son bon sens.

   J’ai beaucoup aimé les aventures de Ren, on s’attache à ce garçon au grand cœur dès les premières pages. Il est futé, drôle ; il se meut dans le monde des escrocs et des voleurs sans se départir d’une certaine honnêteté (comme l’annonce déjà le titre).

  Le style de Hannanh Tinti est très rythmé, très rapide, ses mots et ses personnages partent dans tous les sens et se bousculent.

« Accrochez –vous » cria Tom.

Le chariot bondit le long de la route, passa par un trou et Ren faillit être éjecté. Il se retint à la paroi de la carriole qui fonçait. Ils passèrent sur une autre ornière et Brom et Ichy furent projetés tout près du bord. Ren attrapa Brom par sa chemise, sentant ses doigts se tordre et le creux de son bras peiner sous l’effort. Tom tendit la jambe et arrêta Ichy avec son pied au moment où le garçon allait glisser de l’arrière du chariot. »

  Il y a tromperie sur le personnage de la couverture  : ce visage blême, ce regard fixe n’appartiennent surement pas à Ren.

 

Gallimard- Octobre 2009

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