Lectures et gourmandises.
L’histoire démarre tout doucement et sous un soleil de plomb. Le festival d’Avignon est en sursis en raison de la grève des intermittents du spectacle. Avignon est déboussolée ; Avignon, muselée et divisée, attend.
C’est dans cette atmosphère étouffante et tendue qu’arrivent à Avignon deux des protagonistes du roman: Marie, 20 ans, descendue spécialement de Versailles pour voir la pièce nuit rouge écrite par son frère, décédé depuis cinq ans et Mathilde dite « la Jogar » qui revient à Avignon où elle est née, pour jouer dans la pièce Sur la route de Madison ; elles vont retrouver sur les lieux du festival Odon Schnadel propriétaire du théâtre le chien fou, metteur en scène de nuit rouge et sa troupe de comédiens dont fait partie Julie, sa propre fille. Odon et Mathilde se sont tendrement aimés avant que Mathilde ne quitte Avignon portée par son succès et sa célébrité.
Une enveloppe dans laquelle se trouve un manuscrit est détournée et de cet évènement, à priori, assez insignifiant, surgit une intrigue qui va au fil du récit prendre de l’ampleur jusqu’à occuper tout le devant de la scène.
Ce n’est pas l’illustration de la couverture, ce n’est pas non plus le titre qui m’a poussé vers ce livre mais l’envie et la hâte de retrouver la plume aérée, les dialogues de Claudie Gallay, ses personnages atypiques et savoureux.
La performance de l’auteure tient dans la mise en scène du récit. Elle brosse des portraits précis et cohérents, elle ne néglige pas les « seconds rôles » qui entourent et portent à bout de bras les personnages troublants et mystérieux d’Odon, de Mathilde et de Marie. Elle plante le décor avec des petits papiers, des tissus soyeux et des pierres fraîches. Elle anime les personnages en tirant tour à tour sur les fils de l’un ou de l’autre comme ferait un marionnettiste. Et surtout elle donne une dimension dramatique à son histoire. Un drame qui couve qui enfle jusqu’à éclater et éclabousser les dernières pages.
Un roman qui m’a complètement desséchée, j’ai lu la fin du livre sans reprendre ma respiration et j’ai encore le goût du sang dans la bouche.
ACTES SUD- août 2010
Merci (encore) Thérèse pour le prêt du livre (dédicacé cette fois !)