Lectures et gourmandises.
Il est difficile de vous parler de l’histoire de Tamouna, tellement cette vieille dame incarne la simplicité tranquille. Cependant, puisqu’elle fête aujourd’hui ses 90 ans je peux vous dire que l’exil non choisi à son adolescence a marqué chaque moment de sa longue existence et qu’elle n’a jamais oublié Tamaz, l’amour de sa vie.
En quittant la Géorgie à 15 ans, Tamouna laisse derrière elle une partie de sa famille et surtout la promesse d’une belle histoire d’amour. Avec volonté et détermination elle va prendre ses repères dans Paris et retrouver la communauté géorgienne déjà en place. Pendant ce temps la situation politique se durcit en Géorgie. Le rêve du retour à Tbilissi, où sont restés les grands parents, s’éloigne. Tamouna va devoir faire face à plusieurs drames dont la disparition de son père qui paye cher sa lutte pour l’indépendance de son pays.
« Nous ne parlons jamais de notre père. Je hais le silence qui l’entoure, je hais le temps qui fait de lui une silhouette glissant dans des sables mouvants, je hais ma passivité. »
Aujourd’hui, au moment où tombe le mur de Berlin, elle se prépare à la fête donnée en son honneur, elle se souvient, elle espère…
« La porte ne cesse plus de s’ouvrir et de se refermer. La pièce fourmille. Le tourbillon d’allées et venues lui rend son calme. Ils sont tous là. Ses enfants, ses petits-enfants, ses arrière-petits-enfants. Ses cousins, leurs enfants, leurs petits enfants et arrière-petits-enfants. Les maris et les femmes des uns et des autres .»
Je suis sensible à la fraternité, la solidarité, le soutien de cette grande famille où même les avis divergents ne réussissent à détruire les relations et les liens ; cette force est puisée dans les racines communes et le socle des traditions géorgiennes. Il règne chez ces exilés une simplicité, un naturel déconcertant malgré l’ambivalence de leur situation : ils opèrent avec justesse pour se fondre dans leur vie parisienne mais sans rien renier de leurs coutumes traditionnelles inhérentes à leur lignée géorgienne.
L’écriture est sobre à l’image de cette vie qui se déroule. La maladie de Théa, la sœur de Tamouna, avec qui elle entretient des rapports forts et tendres, est un moment très émouvant, il est difficile de retenir ses larmes lorsque s’élèvent les chants géorgiens.
J'ai, cependant, ressenti une certaine frustation de devoir à chaque chapitre changer d'époque, changer d'histoire. L'histoire d'amour entre Tamouna et Tamaz m'a semblé plus imaginaire qu'effective.
La mer noire reste un magnifique roman sur l'exil.
Sabine.Wespieser-mai 2010