Lectures et gourmandises.
Une famille, quatre personnes, quatre histoires qui entrent en harmonie, qui s’imbriquent, qui s’opposent, qui se heurtent…
Dans la famille Rosenmerck, il y a le père Harry qui élève des cochons en Israël (sacrilège!) Il vit séparé de sa femme Monique qui vit à Paris près d’un de leurs enfants : David. David écrit des pièces de théâtre et remplit les salles où sont jouées ses œuvres. Annabelle, sa sœur, quitte New York après une rupture amoureuse et rejoint son père en Israël,
Dans la famille éparpillée des Rosenmerck la communication se fait par lettres ou par courriels. Mais ces échanges épistolaires ont une faille : les nombreux courriers de David à son père ne reçoivent pas de réponses. Harry n’accepte pas l’homosexualité de son fils et, malgré la pression des autres membres de sa famille, refuse de renouer les liens.
Les terres saintes est le recueil de ces lettres échangées entre les membres de la famille et aussi entre Harry et son ami le rabbin. Cette correspondance agit comme une soupape qui permet de se livrer, se raconter, dire ses souffrances, ses espérances aussi. Au-delà des séparations affectives ou géographiques on fait encore partie de la même famille et on revisite le passé pour construire l’avenir.
On peut déplorer l’existence de cette correspondance au détriment des « vraies » rencontres. Mais ici l’écriture libère justement la parole ; il est nécessaire pour chacun de faire le point, d’écrire sa page d’amour avant de retrouver les membres de la famille.
C’est aussi un livre qui parle de la situation politique et religieuse d’Israël. A travers les correspondances entre Harry et le rabbin,l’auteur évoque avec franchise et lucidité le conflit israélo-palestinien:
"Je vais vous dire ce que je pense. Je pense qu'Israël a été fondé à cause, ou grâce, à cette horreur à laquelle on a donné le nom de Shoah.(...) Je pense que si vous acceptez que nous plaisantions avec ça, alors la Shoah glissera peu à peu de la douleur à l'Histoire.Et quand cette atrocité sera dans l'Histoire, alors vous ne pourrez pas vous permettre de laisser passer certains actes au nom d'Israël. Plus de murs. Plus de sens à cet état juif. Plus de porcs sur pilotis. Plus de palestiniens humiliés aux frontières. Plus de privations pour nos voisins alors que notre jeunesse s'empiffre.Plus de fusils dans le dos à la majorité. Plus de religions sur nos passeports. Plus de raison non plus que nos enfants risquent de mourir parce qu'ils ont eu le malheur de monter dans le mauvais bus pour aller à l'école dans le mauvais pays."
J’ai lu ce beau livre d’une seule traite happée par le tourbillon de la vie des Rosenmerck. L’écriture d’Amanda Sthers est enlevée, rapide, drôle comme le sont les petits mots que l’on envoie aux gens que l’on aime et à qui on tient. La fin, dramatique, du livre nous prend à la gorge et on est tout chagrin devant la tragédie qui bouleverse cette famille.
Stock- mai 2010