Lectures et gourmandises.
Pierre-Yves Le Nan est encore tout petit lorsqu'on lui diagnostique la fibrodysplasie ossifiante progressive (F.O.P.) dite "maladie de l'homme de pierre" car ce terme est plus parlant pour expliquer ce second squelette qui poussée après poussée douloureuse s'installe dans le corps de l'enfant.
La vie ordinaire bascule alors dans l'extraordinaire car l'évolution progressive, rapide et invalidante de la maladie touche le cœur même de la famille. La maman va démissionner de son travail pour devenir une maman "mille professions", la jolie maison familiale va être louée et la nouvelle sera aménagée de façon à anticiper la perte d'autonomie de Pierre-Yves.
L'auteur, le père de Pierre-Yves, décrit la mise en œuvre matérielle, financière et humaine nécessaire pour faire face au bouleversement de leur existence. Il va falloir être sur tous les fronts et les 24 heures de la journée ne suffiront pas pour gérer le quotidien et mener le combat. Il n'y a pas de guérison possible et les médicaments pour soulager cette maladie rare sont réduits à des prises de corticoïdes. L'espoir de la famille Le Nan se place dans la recherche et "l'association Pierre-Yves" va se démener pour réunir des fonds. En parallèle à cette implication totale dans le soutien aux chercheurs, les parents, aidés par Anne-Sophie la grande sœur, vont faire preuve d'inventivité et de pugnacité pour aider Pierre-Yves à réaliser ses passions, à vivre ses rêves et à approcher le plus possible la normalité de la vie d'un ado.
Il y a beaucoup d'humour dans le ton employé par l'auteur, sans doute la meilleure arme pour ne pas se décourager devant l'ampleur de la tâche. Beaucoup de dérision aussi pour relater la lutte et la résistance engagées contre certaines administrations, contre un grand ponte de la recherche (qui s'avèrera véreux) ou pour dire les simples regards soupçonneux du voisinage.
Je retiendrai, outre ce combat exemplaire et plein d'espérance, la magnanimité et l'altruisme de cette famille qui, malgré l'adversité, ouvre grand les portes de leur ti kozh à Henvic (Finistère-Nord) et, de manière très symbolique, décide un beau jour de ne plus rabattre les rallonges de la table ovale du séjour!
Mon petit homme de Pierre a accompagné le basculement de l'année 2013 dans la suivante et nul doute que mon souvenir de ce début d'année sera étroitement lié au visage, au courage, au combat de Pierre-Yves aidé et relayé par son père.
Voilà maintenant cinq ans que Pierre-Yves - 21 ans- est décédé.
éditions Skol Vreizh - avril 2012-