Lectures et gourmandises.
Délaissant son métier de pêcheur qui ne lui convient pas, Arnljótur décide de quitter le pays de son enfance pour rejoindre la plus célèbre roseraie du monde. Sa maman avec qui il nourrissait une grande complicité, vient de mourir dans un accident de voiture. Elle lui a laissé en héritage un amour inconditionnel pour le végétal et en particulier pour la culture des roses. C’est dans la serre familiale que lors d’un tout petit bout de nuit Arnljótur a mis Anna, une vague connaissance, enceinte.
Son vieux papa déplore la décision d’Arnljótur ; il ambitionnait pour son fils de 22 ans des études supérieures en botanique ou en biologie. « Je me sens mieux dans la terre mouillée ; c’est autre chose de pouvoir toucher des plantes vivantes, on ne sent pas l’odeur de l’arbre après la pluie dans un laboratoire. C’est difficile de mettre en mots notre univers à maman et moi, pour papa. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui pousse dans un sol fertile ».
Résigné, le sexagénaire prépare pour Arnljótur et Jósef son frère jumeau autiste le repas du départ avec beaucoup de soin et d'application.
Le livre démarre dans l’expectative d’un départ programmé, le papa est touchant dans son veuvage et dans le zèle qu’il met à remplacer l’absente auprès de ses fils. Il voudrait que, à son image de père aimant et attentionné, Arnljótur prenne son rôle de papa au sérieux et soit présent près de sa fille Flóra Sól et de Anna sa mère.
« - J’aurai voulu inviter la demoiselle et l’enfant, poursuit-il, mais va savoir si tu n'y serais pas opposé.
- Oui, j’y suis opposé. La demoiselle comme tu dis, et moi, on n’est pas un couple et on ne l’a jamais été, même si on a un enfant ensemble. Ça a été un accident. (…)
- Ta mère n’aurait pas vu d’objection à les inviter au dernier repas.
Chaque fois que papa a besoin de donner du poids à ses paroles, il tire maman de sa tombe pour l’appeler en renfort. »
L’histoire de ces jeunes gens, de cet enfant et des adultes qui les entourent est une bulle de légèreté hors du temps, hors de notre espace quotidien trépidant et affairé. La roseraie jouxte un monastère dans un petit village calme et serein où rien de très important ne se passe, la vie suit son cours sans heurts et sans soubresauts. Un endroit propice à la réflexion et à la méditation. Ici tout est harmonie, les gens vivent leurs passions en toute tranquillité. Frère Thomas est féru de cinéma et visionne ses films chaque soir ; Arnljótur déploie ses talents et son amour des plantes dans la roseraie abandonnée du monastère ; Anna se consacre à ses études de biologie et Flóra Sól grandit et se développe avec grâce.
J’ai aimé le style un peu suranné et la quiétude qui enveloppe cette histoire de transmissions mais certains passages du roman m’ont moins captivés. Le voyage en avion, ainsi que le long déplacement en voiture m’ont paru « anachroniques » dans ce cheminement initiatique.
Roman traduit de l’islandais par Catherine Eyjófsson
Zulma - août 2010-