Lectures et gourmandises.
Il a l’habitude Sébastien : l’habitude de se taire, de se cacher derrière un silence prudent pour parer les coups du sort qui le laisse désabusé, blasé. Sébastien a 13 ans et ses parents ne sont pas très attachés à lui, son instit le rejette en le qualifiant d’enfant anormal. Sébastien se retrouve placé dans une institution loin de ses parents, loin de sa sœur.
"Une semaine plus tard, mon père m’a annoncé qu'il avait une bonne nouvelle pour moi. On avait trouvé un Centre qui pouvait me recevoir. Ce n’était pas très loin de chez grand père Albert et grand mère Geneviève.
Mes grands parents proposaient de me prendre pendant toutes les vacances et pour les week-ends.
Mon père a dit que j’avais beaucoup de chance.
J’ai eu envie de lui demander pourquoi c’était beaucoup de chance
Beaucoup de chance de quitter la maison ?
Mais je n’ai rien dit."
Il va se rapprocher de chez ses grands parents qui l’accueillent avec gentillesse le week-end. Sébastien partage une complicité malicieuse avec son grand père handicapé qu'il pousse dans les rues du petit village pour la promenade dominicale.
« Nous sommes sortis avec grand-père et j’ai poussé le fauteuil roulant, bien avant l’heure, jusqu’au monument aux morts.
Grand-père voulait être le premier.
Les autres sont arrivés petit à petit. (…)
J’étais derrière grand-père, les mains sur les poignées de mon fauteuil, mais je sentais, rien qu'à la manière dont il se tenait très droit dans son fauteuil, qu'il était vraiment fier d’être là. Il avait peut être attendu toute sa vie rien que pour connaître des moments comme ça. »
Lors d’une sortie programmée entre anciens d'Algérie le garçon va découvrir une facette cachée du grand père adulé.
Jean Pierre Spilmont choisit des phrases courtes, des chapitres brefs pour coller au plus près la personnalité de cet ado mutique.
Je me suis sentie très en phase avec Sébastien ; c’est un jeune garçon généreux, épris de justice. Il est la victime d’adultes incompréhensifs, indifférents et lâches. On compatit pour ce jeune tourmenté, muré dans le silence, replié sur lui-même. On le suit dans son questionnement, ses réflexions intérieures sur la bêtise humaine jusqu’à la fin du livre qui se termine avec fracas.
éditions La fosse aux ours - janvier 2010-